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En Chute Libre dans les Ténèbres (3ème Partie)
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Si on le lui avait proposé ne serait-ce que quelques jours plus tôt, Naat aurait sûrement refusé de visiter Heyan-Palavas. Comment aurait-elle pu faire du tourisme plutôt que de travailler à venger son frère ? Mais les temps changeaient. Après la victoire remportée à Treska II, Naat avait enfin aperçu (de loin, mais aperçu quand même) une lueur d’espoir.
Après tout, c’était Stam qui était mort, pas elle. Et Stam n’aurait certainement pas voulu que sa sœur gâche la chance qu’elle avait d’avoir survécu pour une vengeance qui, de toute façon, ne ramènerait pas les morts. « C’est toujours du désespoir que naît la colère », avait commenté Volran.
Et qu’avait-elle d’autre à faire pendant que son maître s’entretenait avec le Conseil des Jedi ? Même si elle ressentait toujours un vague sentiment de culpabilité, elle laissa Volran (le Premier Ministre en personne se recyclait comme guide touristique ! Si Naat ne l’avait pas vu, elle ne l’aurait pas cru !) la guider à travers les couloirs d’Heyan-Proctor, une forteresse haute de près de sept cent mètres érigée pour protéger la planète contre un envahisseur qui avait sévi des milliers d’années auparavant. Son armement étant aujourd’hui complètement dépassé, elle n’était plus qu’un impressionnant monument attirant des touristes de tout le secteur.
Naat apprit énormément de choses sur Palanhi en écoutant Volran. Bien avant la fondation de l’Ordre Jedi et de la République Galactique, Palanhi était divisée en une douzaine d’états rivaux, de cultures fondamentalement différentes. Le Royaume de Palavas était l’un de ces états. Sous le commandement de Kerias Seer, grand chef de guerre doublé d’un redoutable homme politique, les Palavans parvinrent à renverser leur gouvernement et à accéder à la démocratie. Dès lors, ils partirent en croisade pour « permettre aux autres peuples d’accéder à la démocratie ». Mais en réalité, ce n’était qu’un prétexte pour envahir et écraser tous les autres peuples de Palanhi. Kerias Seer, brillant stratège, parvint à conquérir toute la planète et à imposer à tous la démocratie, la langue et la culture Palavane. Y compris à ceux qui n’en voulaient pas.
Depuis cette époque, la capitale s’appelait toujours Heyan-Palavas, ce qui signifiait « capitale de Palavas », le siège du Gouvernement s’appelait toujours « Adr-Palavas », car cela voulait dire « siège du gouvernement de Palavas », etc. Tout cela fascinait Naat.
Volran était en train d’expliquer pourquoi Palanhi était restée neutre lors de la crise d’Exorgon, quand Naat entendit quelqu’un monter l’escalier secret qui menait au dernier étage.
« Je croyais que vous seul pouviez accéder à cet étage ?
-Moi et tous ceux que j’y autorise. Alors détendez-vous, ce n’est pas forcément un chasseur de primes Séparatiste. Vous pouvez ôter votre main de votre arme… »
A contrecœur, Naat éloigna sa main de son sabre-laser. Les portes s’ouvrirent en grand sur un Echuu visiblement épuisé.
« Cela fait des heures que je vous cherche ! Prévenez-moi la prochaine fois que vous emmenez Naat visiter Heyan-Palavas ! J’ai de très mauvaises nouvelles !
-Veuillez m’excuser, je ne pensais pas que votre conversation avec le Conseil des Jedi serait si brève. Que s’est-il passé ?
-le Conseil des Jedi m’a ordonné de rentrer sur Coruscant avec mon armée, voilà ce qui s’est passé ! Et un quart d’heure plus tard, l’Amiral Ackara a reçu un message similaire du Chancelier Palpatine !
-Pardon? hurla Naat, totalement stupéfaite. Tout un secteur est en jeu, nous avons une chance de…capturer l’Amiral Ssran, et eux, ils nous ordonnent de battre en retraite ? Mais comment peuvent-ils faire une chose pareille ?
-Quelles raisons vous ont-ils donné ? demanda Volran.
- En clair, le dernier discours de Ssran les a tant impressionné qu’ils pensent que nous n’avons aucune chance. Ils veulent sauver la flotte en abandonnant le secteur.
-Alors on va leur laisser le secteur sans combattre ? rugit Naat. Simplement parce qu’ils pensent que nous ne pouvons pas l’emporter ? Ce ne serait pas de la lâcheté, par hasard ? »
En temps normal, jamais Naat n’aurait osé insinuer que les Maîtres étaient lâches. Mais cette fois-ci, elle était vraiment folle de rage. On ne lui demandait pas de renoncer à vouloir venger un mort, on lui demandait de renoncer à sauver des vivants !
« Je ne pense pas que l’on devienne membre du Conseil des Jedi en étant lâche, remarqua Volran. Général Shen-Jon, êtes vous sûr qu’il n’y a pas une autre raison ? »
Maintenant que Volran posait la question, Naat avait bien l’impression de connaître cette autre raison…
« J’ai bien peur que oui, soupira Echuu. Je pense que le Conseil…se méfie de moi et Naat.
-Et pour quelles raisons ?
-A cause de la mort de Stam, répondit péniblement Naat.
A la seule prononciation de ce nom, Naat sentit une larme couler sur sa joue. Rassemblant son courage, elle poursuivit :
« Stam était mon frère et le Padawan d’Echuu avant moi. Il est mort à la bataille de Géonosis, tué par une disciple de Dooku, et depuis, le Conseil craint qu’Echuu et moi…qu’Echuu et moi n’ayons basculé du Côté Obscur.
-De plus, ajouta Echuu, le palmarès de l’Amiral Ssran est plutôt impressionnant. Le Conseil craint donc probablement que Naat et moi ne cherchions à venger ses nombreuses victimes. C’est probablement pour cela que les Maîtres veulent que nous partions. Je peux me permettre un léger retard, mais si l’Amiral Ssran n’attaque pas bientôt-et il est bien trop rusé pour faire une chose pareille ! -Palanhi se retrouvera sans flotte et sans armée…
-Il restera les volontaires de Palanhi, rappela Naat. Et moi, je resterais !
-Tu ne comprends pas, Naat. Le Conseil se méfie déjà de nous. Si nous restons, nous serons bannis de l’Ordre. Nous viendrons grossir les rangs des égarés, l’Histoire se rappellera de nous comme des traîtres, des Jedi Noirs, au même titre que le général Xendor, ou, plus récemment, Sora Bulq…
-Mais je m’en fous ! explosa Naat avec une hargne qui surprit Echuu. Qu’ils me renvoient donc de l’Ordre Jedi, qu’ils me fassent passer pour la dernière des Sith si ça les amuse ! Je m’en fous, parce qu’il y a des choses bien plus importantes que ma vie, mon appartenance à l’Ordre Jedi, ou ma réputation ! Des millions, si ce n’est des milliards, de vies sont en jeu ! Qu’ais-je encore à perdre, maintenant que Stam est mort ? Et si je dois mourir, tuée par les Séparatistes et échouer, et bien au moins j’aurais fait tout ce que j’aurais pu ! Je préfère encore cela que de partir et d’apprendre par l’Holonet que Ssran s’est emparé du secteur !
-Tu es en train de confirmer les craintes du Conseil des Jedi. Et les miennes. Tu ne vois donc pas que tu es en train de tenir un discours de Jedi Noir ?
Volran reprit la parole.
-Non, Général Shen-Jon, dit-il d’un ton glacé, ce n’est pas cela, un discours de Jedi Noir. Un Jedi Noir serait resté pour tuer l’Amiral Ssran, pas pour défendre des milliards d’innocents ! Je ne suis pas un expert du Code des Jedi, mais -D’accord, c’est vrai, excusez-moi.
-Maître Shen-Jon, restez vous aussi ! Qu’est-ce qui est le plus important, pour vous ? Votre place au sein des Jedi, ou la vie de millions d’innocents ?
-Ce n’est pas aussi simple, Naat…Depuis toujours, je suis un Jedi. Je suis parvenu au rang de Maître. Je suis respecté par tous, au sein de l’Ordre Jedi. Ce n’est pas si facile de laisser tout cela de côté…
-En somme, conclut Volran, vous savez très bien quelle est la bonne décision à prendre. Vous avez seulement du mal à vous y résoudre.
-Mais comment être sûr que c’est la bonne décision ? Comment savoir si les Maîtres n’ont pas raison ? Je suis peut-être vraiment sur le point de basculer du Côté Obscur…
Volran soupira.
-Général Shen-Jon, savez-vous pourquoi le Gouvernement de Palanhi a été destitué, il y a vingt-trois ans ?
-Heu, non, pourquoi ? demanda Echuu, qui ne voyait pas très bien le rapport avec leur conversation.
-Et bien c’est à cause de moi, à cause d’une décision que j’ai prise. A l’époque, des sectes vouant un culte aux Seigneurs Sith apparaissaient un peu partout dans la Galaxie-je crois d’ailleurs que le Maître Jedi Qui-Gon Jinn a eu affaire à l’une d’elle. L’une de ces sectes a vu le jour au sein d’un petit groupe de scientifiques Palanhis. Au nom de leurs croyances, ils perpétrèrent des crimes effroyables contre les Jedi. J’étais alors Ministre de la Justice. Naturellement, je voulus faire condamner ces assassins. Mais l’ultra majorité de la population s’y opposa violemment : ils pensaient que j’agissais sur ordre des Jedi. Pour eux, faire condamner ces criminels-qui n’avaient rien fait contre les Palanhis- était le premier pas vers l’hégémonie Jedi.
« Je savais que si je faisais passer la loi qui me permettrait de les condamner, notre sénat voterait la dissolution de notre gouvernement. Tous mes collègues m’incitèrent à ne pas faire passer la loi. Je savais que cette décision sonnerait peut-être le glas de ma carrière. Pourtant, je la fis quand même passer. Pourquoi ? Parce que je savais ce que trop de gens ne savaient pas : que je ne faisais pas cela sur ordre des Jedi, mais parce que ce n’était que justice. Et aujourd’hui, tout prouve que j’ai eu raison de le faire : les Jedi ne règnent pas sur Palanhi, et je suis même devenu Premier Ministre il y a quatre ans.
« Il y a vingt-trois ans, j’ai eu le courage de prendre une décision que tous désapprouvaient et qui anéantirait probablement ma réputation et ma carrière. Pourtant, je l’ai prise quand même, parce que je savais qu’elle était juste. Pourquoi ne seriez-vous pas capable d’en faire autant aujourd’hui ? »
Même pour le plus grand stratège Quarren depuis des siècles, ce ne serait pas facile. Ainsi songeait Voss Ssran en observant la représentation holographique de Palanhi, dans sa cabine à bord de l’Œil du Cyclone. Le continent où se trouvait Heyan-Palavas, Heyan-Tall, était défendu par de puissantes batteries. Il ne pourrait pas faire atterrir de troupes ou bombarder sans subir d’énormes pertes. A terme, il était probable que ses forces l’emporteraient, mais ce n’était pas la victoire que Ssran voulait. Il voulait une victoire écrasante, un massacre qui choquerait toute la République et que personne ne pourrait oublier. Il voulait qu’on se souvienne éternellement de ce qui était arrivé aux Palanhis pour avoir osé le trahir.
Mais comment perpétrer ce massacre, comment remporter cette victoire écrasante ? Ses vaisseaux n’auraient pas le temps de détruire les batteries ou de faire atterrir les troupes avant d’être abattus. A moins que…
« Commodore Rey’Kas ? appela l’Amiral dans son communicateur.
-Que puis-je faire pour vous, Amiral ?
-Je crois avoir un plan qui viendra à bout de la défense de Palanhi. Pour commencer, vous allez me chercher des mercenaires. Des mercenaires fiables, pas les Gamorréens et les Weekays de bas-étage employés par les Hutt.
-A vos ordres. Mais…Pourquoi ne pas se contenter de droïdes ? Les droïdekas, par exemple, son largement assez bien armés pour…
-En bataille rangée, peut-être. Mais la mission que j’ai à leur confier nécessite plus d’intelligence que n’en n’ont les droïdes. Ensuite, vous allez reprendre contact avec l’un de nos vieux amis Hutt… »
« Naat ! Attention ! hurla Echuu dans son communicateur lorsqu’il vit une salve de turbolaser jaillir du cargo.
-Ne vous inquiétez pas, Maître, ce type tire comme un alcoolique, répliqua joyeusement Naat tout en esquivant allègrement le tir.
En dépit de la sagesse des paroles de Volran, Echuu était toujours incapable de prendre une décision. Il faudrait pourtant qu’il se décide vite, car s’il avait trop de retard, le Conseil des Jedi en conclurait qu’il refusait de venir…
Sachant que chercher désespérément une solution en faisant les cent pas ne servirait à rien, Echuu avait espéré se détendre en rejoignant la flotte de l’Amiral Ackara pour l’aider à maintenir le blocus.
A présent que tous les mondes Séparatistes voisins étaient passés sous le contrôle de la République, les vaisseaux de ravitaillement ennemis n’avaient plus aucune chance d’atteindre Ando. Ce qui n’empêchait pas certains d’essayer.
« Allez-y au canon ionique, ordonna Echuu. Le pilote n’est pas très doué, je pense qu’on peut se permettre de le prendre vivant. »
Des paroles impensables pour Echuu lors de la bataille de Treska II. Il savait bien qu'il avait détruit et tué plus que nécéssaire lors de cet affrontement. Plus jamais il ne céderait au Côté Obscur. Les batteries ioniques du croiseur Victoire qui accompagnait Echuu ouvrirent le feu sur le cargo Séparatiste. En un quart d’heure, le vaisseau ennemi était neutralisé.
« Naat, monte à bord et voit ce que tu peux tirer du pilote, ordonna Echuu.
-A vos ordres, Maître. »
Là encore, demander à Naat d’interroger un prisonnier Séparatiste aurait été impensable pour Echuu quelques jours plus tôt. Il avait entendu Naat exiger la mort du capitaine Séparatiste qu’ils avaient intercepté au début de leur mission. Il avait vu Naat invoquer le Vaapad lors d’un entraînement au sabre-laser. Mais il sentait bien qu’elle allait mieux, et il faudrait bien qu’il la teste un jour ou l’autre…
A présent que le danger était passé, il pouvait revenir à bord du croiseur Victoire se reposer et prendre une douche…Et réfléchir à nouveau à ce qu’il allait faire.
Une demi-heure plus tard, Naat vint le rejoindre dans sa cabine.
« Alors, comment s’est passé l’interrogatoire ?
-Le pilote était un Aqualish, venu de Xa Fel. Apparemment, il ne travaille pas pour les Séparatistes, mais quand il a appris que sa planète natale était assiégée, il a décidé de faire tout ce qu’il pouvait, et il a volé ce cargo. Il ne s’était encore jamais servi de turbolasers auparavant, c’est pour cela qu’il tirait si mal.
-Et que va-t-il devenir ?
-J’ai ordonné qu’il soit relâché. On ne peut pas lui en vouloir d’avoir voulu aider son peuple, et il a fait preuve de beaucoup de courage. »
Echuu se sentit fier d’elle. Non seulement elle ne l’avait pas égorgé, mais en plus elle l’avait laissé en liberté…
« Il y a une chose que je ne comprend pas, Naat : En quoi notre blocus menace-t-il les Aqualish ? Ils ont largement de quoi survivre sur leur planète. Notre siège ne devrait gêner que les ravitaillements en fournitures militaires…
-Oui, mais l’Amiral Ssran a pris le peuple Aqualish en otage, on vient de l’apprendre. Tant que notre blocus ne sera pas levé, il coupera les vivres aux Aqualish. Ils meurent de faim par centaines à chaque heure qui passe. »
Echuu soupira. Encore des gens qui mourraient s’il obéissait au Conseil des Jedi…Naat enfonça le clou.
« Vous savez très bien ce que vous avez à faire, Maître…Si vous restez, vous pouvez sauver tous ces gens. »
Depuis vingt-cinq ans, le Seigneur du Crime Hutt Vartok Besadii tenait d’une main de fer la planète Teltka. Il était l’un des plus puissants Seigneurs Hutt du clan Besadii. Même les Chevaliers Jedi et le clan rival des Desilijik ne lui faisaient pas peur.
Et pourtant, pour la première fois en un quart de siècle de règne tyrannique, sous le regard stupéfait de sa cour, Vartok semblait craindre quelqu’un. Représenté holographiquement, c’était un Quarren, grand et large d’épaules.
« Ssran…murmura Vartok en tentant désespérément de dissimuler son affolement. Qu’est-ce que tu veux ? Ce n’est pas moi qui ait envoyé Cordro le Jeodu te tuer, je te le jure ! Ce sont les Desilijik qui…
Ssran sourit d’un air sadique.
-Bonjour, Vartok…Content de voir que tu ne m’as pas oublié. Pourquoi t’affoles-tu ? Je viens juste te demander un petit service…
-Que veux-tu ? J’ai entendu dire que tu travailles pour Dooku, maintenant…Je te préviens, il est hors de question que je devienne un pion sur l’échiquier de la Confédération ! Je n’ai rien à voir avec votre guerre et je tiens à garder mon indépendance… »
Voilà, il fallait qu’il pose des conditions…Que ce soit Ssran qui négocie pour lui demander un service, et non pas lui qui négocie pour se débarrasser de Ssran le plus vite possible…Il fallait qu’il paraisse contrôler la conversation…Pas que tous ces imbéciles de Weekays, Jeodu, Klatooiniens et autres s’imaginent qu’il était assez faible pour qu’ils tentent de le renverser…et garder son calme, il fallait avant tout qu’il garde son calme…
« Mais que vas-tu imaginer, voyons ? reprit Ssran d’un ton faussement aimable qui inquiétait encore plus Vartok. Je veux juste te demander…un petit service. En souvenir du bon vieux temps où nous travaillions ensemble… (l’ironie de Ssran était encore pire pour Vartok que si Ssran s’était exprimé d’un ton ferme. Elle laissait penser à tous que le pirate Quarren n’avait rien à craindre du Hutt) Vois-tu, comme tu l’as peut-être entendu dire, je suis en difficulté dans le secteur de Palanhi…Bien sûr, j’ai un plan pour anéantir tous ces imbéciles, mais pour cela, il me serait utile (l’usage du « il me serait utile » plutôt que de « j’ai besoin » laissait penser que ce n’était pas indispensable aux plans de Ssran, ce qui lui évitait d’être dépendant du Hutt et de rester en position de force) d’avoir quelques canonnières Drastyra d’Emberlene…or, j’ai appris que tu en avait acquis quelques-unes, récemment…
Vartok glapit.
-Hein ? Mais tu sais ce qu’elles m’ont coûté, ces canonnières ? Et tu crois que je vais te les donner, comme cela ? »
Rapides et puissamment armés, idéales pour les raids, les canonnières Drastyra avaient été la pierre angulaire de la flotte d’Emberlene à l’époque où cette planète avait tenté de conquérir les systèmes voisins. Les Jedi et les flottes alliées les avaient toutes détruites, à six exceptions près. Six exceptions qui se trouvaient à présent entre les mains de Vartok.
Bien sûr, Vartok était prêt à sacrifier ses canonnières si ça lui permettait de se débarrasser de Ssran. Mais il ne fallait pas qu’il les cède sans négocier, sinon Ssran penserait que Vartok était assez désespéré pour lui céder encore plus. Il fallait pousser le Quarren à négocier.
« Il est hors de question que je te laisse mes canonnières ! Du moins…Pas sans compensation financière. En remerciement pour les services que tu m’as rendu autrefois (services qu’il avait déjà payé d’ailleurs, mais qu’importait), je ne te demanderais que la moitié de leur véritable valeur, mais il est hors de question que…
Mais Ssran était trop rusé pour se faire avoir par des moyens aussi grossiers. Il l’interrompit :
-Tiens donc ? fit Ssran d’un air amusé. Tu te crois en position de négocier ? Tu veux que j’anéantisse ton clan, comme je l’ai fait avec celui des Garindi ?
Visiblement, le souvenir de ces meurtres amusait autant Ssran qu’ils effrayaient Vartok. Le Hutt fit une dernière tentative :
« Mais tu as besoin de mes canonnières pour te libérer du blocus de la République ! Si je ne te les donne pas, tu ne pourras pas revenir te venger ! Et de toute façon, même si je le voulais, les canonnières devraient franchir le blocus pour te rejoindre !
-J’ai besoin de ces canonnières pour franchir les défenses de Palanhi. Détruire la flotte, j’en fais mon affaire. Donc ne t’inquiètes pas, lorsque les canonnières seront là, il n’y aura plus de blocus, et si elles n’arrivent pas malgré tout, je pourrais revenir t’en parler… »
Vartok frissonna. Son clan était plus puissant que le clan Garindi, mais Ssran était l’un des plus grands stratèges de son époque, et il disposait à présent de l’appui de la Confédération…
-Très bien…je vois que je n’ai pas le choix…
-Bien. Sois toujours aussi conciliant avec moi, et tu vivras vieux… »
L’heure était venue de prendre une décision. Pour Echuu, pour Naat, pour l’Amiral Ackara, pour tout le monde. Partir ou rester ? Et quelle stratégie appliquer pour ceux qui resteraient ? Le Gouvernement de Palanhi et l’état-major de la flotte Républicaine s’apprêtaient à se rencontrer pour en décider.
« J’ignore ce que l’Amiral Ackara décidera, dit Echuu à Volran dans le speeder qui les conduisait à Adr-Palavas. Les Diamalas sont généralement du genre à suivre les ordres de leurs supérieurs, mais Ackara ne m’avait pas l’air très heureux de laisser tomber Palanhi…Mais même si lui reste, certains membres de son état-major choisiront peut-être de s’en aller.
-Oui, et à votre place, je me méfierais des préjugés visant un peuple entier, commenta Volran.
-A propos, intervint Naat depuis l’arrière du véhicule, que pensent les Palanhis de la tournure des évènements ?
Le visage du Premier Ministre s’assombrit.
-Je me suis renseigné ce matin, et j’ai déjà perdu vingt points dans les sondages. Après la victoire de Treska II, ma côte de popularité avait bondie…Mais c’était pour mieux retomber. Ssran a réussi son coup avec son message…Enfin ceci dit, il n’y a à priori pas de tentative de coup d’état à craindre pour le moment. La plupart des gens m’en veulent d’avoir attiré sur Palanhi la fureur de Ssran, mais ils savent que les Séparatistes ne les épargneront pas. Ils se battront.
-Vous devriez vous estimez heureux, dit Echuu. Sur beaucoup de planètes, vous auriez déjà été renversé.
Volran sourit.
-Vous ne pensiez pas les Palanhis si courageux, je présume ? Tout le monde nous prend pour les derniers des opportunistes, depuis que nous sommes restés neutres lors de la crise d’Exorgon…
-C’est vraiment idiot, dit Naat. Tous les peuples ont fait une erreur au moins une fois dans leur Histoire. Les Palanhis ne sont ni meilleurs ni pire que les autres.
-Justement, je ne suis pas si convaincu que c’était une erreur. Je pense que la version officielle de la République au sujet de la crise d’Exorgon ne nous dit pas tout. Mais qu’importe, c’est du passé.
-Avons-nous des nouvelles de la guerre ? demanda Echuu. Je n’ai pas trop suivi l’actualité, depuis le message de l’Amiral Ssran…
-Pas de très bonnes nouvelles. Sur Skor II, les forces de la République ont essuyé un nouvel assaut. Ils tiennent toujours, mais le Général Y-pod-Rim a été tué. Son Padawan a pris le commandement des survivants, mais il ne tiendra probablement pas longtemps. Si les Séparatistes triomphent, Anchoron serait complètement isolée.
-C’était perdu d’avance, commenta tristement Echuu. Le froid handicape les clones, pas les droïdes.
-Sur Xa Fel, ça va mieux. Une nouvelle offensive ennemie a été repoussée sans trop de difficultés par les forces d’un Général Iktotchi, je ne sais plus son nom. En revanche, il semble que sur Barab III, la guérilla du Général E’tyra ait prit le dessus avec l’appui de la Confédération et des Trandosiens. Ils sont entrés dans la capitale ce matin.
-Génial… »
Barab III était une petite colonie sans réelle valeur stratégique, mais la victoire du dictateur Barabel n’était pas une bonne nouvelle pour autant.
« Pour cette défaite, reprit Volran, la République ne peut s’en prendre qu’à elle-même. Depuis douze ans, la République corrompue refuse d’aider E’tyra à renverser le gouvernement oligarchique en place. Rien d’étonnant à ce que E’tyra ait accepté de s’allier à la Confédération. Si la République l’avait aidé plus tôt, nous n’en serions pas là…
-Mais la République avait peut-être de bonnes raisons ! Comment pouvez-vous être aussi convaincu du bien-fondé du combat d’E’tyra ?
-Parce que je l’ai personnellement rencontré, après avoir été renvoyé de mon poste de Ministre de la Justice. J’ai vu la misère dans laquelle le Gouvernement local maintenait la population pour servir les intérêts de la Fédération du Commerce. Et la République a laissé faire. Qu’auriez-vous fait, à la place de E’tyra ?
-Je croyais que nous en avions fini avec ces histoires ! Vous soutenez la République, oui ou non ?
-Général Shen-Jon, on peut très bien soutenir la République parce que l’on sait que la Confédération est bien pire sans fermer les yeux sur ses défauts…Et nous poursuivrons cette discussion plus tard, nous sommes arrivés. »
La réunion avait lieu dans une immense salle d’Adr-Palavas que Naat n’avait jusque là jamais vu. Il y avait là beaucoup de gens, humains et extraterrestres, qui formaient de petits groupes de discussions. Parmi eux, la Padawan reconnut l’Amiral Ackara et le capitaine Mevdim, qui discutaient avec un officier Ishori et une femme d’une grande beauté.
« Monsieur le Premier Ministre ? »
Un homme dont le bras droit avait été remplacé par une prothèse s’avançait.
« Ah, bonjour Esraal, répondit Volran. Je vous présente le Général Shen-Jon et la Commandante Reath, les Jedi qu’on nous a envoyés. Voici Esraal Parr, qui dirige notre armée de volontaires.
-Enchanté, dit Echuu. Vous avez combattu lors de l’occupation ?
Esraal sourit tristement.
-C’est là que j’ai perdu mon bras. Les soldats clones m’ont sauvé de justesse. Enfin, c’était pour la bonne cause. Volran, je vous préviens, Natiorg est sur le sentier de la guerre. Depuis tout à l’heure, il essaye de convaincre les autres Ministres que nous devrions chasser la République et supplier l’Amiral Ssran de nous pardonner. Et il faudra aussi se méfier de ce secrétaire d’état, Nam Ezrack.
-Merci de m’avoir prévenu. Où est Natiorg ?
-Il est là-bas, en train de faire son cirque devant le Ministre de l’Intérieur.
-Ah oui, Heldry…Il est trop ambitieux, celui-là, il soutiendra Natiorg si ça lui permet de prendre plus d’importance…Echuu, Naat, je vous laisse, il faut que j’aille les raisonner. »
Il s’éloigna. Echuu et Naat se frayèrent un chemin pour rejoindre l’Amiral Ackara.
« Ah, Général Shen-Jon, Commandante Reath…Nous commencions à nous demander où vous étiez passés. Je vous présente Delphine Kaerdra, la Ministre de la Défense de Palanhi, et le Capitaine Irdrata, qui commande le Fraternité. Voici Echuu Shen-Jon, Maître Jedi et Général, et sa Padawan, Naat Reath. »
Kaerdra était étonnamment jeune pour une Ministre. Elle avait les cheveux d’un noir de jais et les yeux d’un superbe vert émeraude. Elle était très belle, et son élégante robe n’y était pour rien. Naat sentit dans la Force son courage et son intelligence.
« C’est un honneur, c’est la première fois que je rencontre des Jedi. Et ne vous inquiétez pas, je ne fais pas partie des imbéciles qui veulent vous chasser de la planète et rallier la Confédération.
Naat sourit.
-Mais je ne suis qu’une modeste Padawan Jedi, c’est moi qui suis honoré de vous rencontrer.
-Et rassurez-vous, de notre côté, nous ne faisons pas partie des imbéciles qui pensent que les Palanhis sont des lâches, ajouta Echuu.
-Trop de gens ont des préjugés dans cette Galaxie, approuva doucement l’Amiral Ackara. Ah…Les choses sérieuses commencent. Volran prend la parole. »
Naat, comme tous les autres invités, se tourna vers Volran, qui se trouvait un peu plus haut, sur une estrade. Tous cessèrent leur conversation pour écouter le Premier Ministres.
« Chers Ministres, chers officiers de la République, nous sommes réunis ici pour décider de l’avenir de Palanhi, et peut-être même de tout le secteur. Comme vous le savez, il y a quelques jours encore, occupaient notre belle planète. Heureusement, grâce au courage d’Esraal Parr et ses troupes, grâce au brillant commandement de l’Amiral Ackara, et grâce aux intrépides Jedi, non seulement Palanhi a été libéré, mais nous avons infligé une terrible débâcle à l’impitoyable Amiral Ssran. Malheureusement, le Haut Commandement de la République nous a retiré son soutien. Malheureusement, de plus en plus de gens dans la population, et même au sein du Gouvernement (il jeta un regard noir à Natiorg et Nam Ezrack), pensent que nous devrions nous rendre. Alors, la question se pose aujourd’hui : Allons-nous céder ou continuer à lutter ? Il est l’heure de prendre votre décision. »
Sans aucune hésitation, Naat prit la parole.
« Je reste ! Depuis des années, l’Amiral Ssran sème la terreur dans la Bordure Extérieure. Ses victimes se comptent en dizaines de millions. A cause de la passivité de la République, il est devenu le pirate le plus puissant depuis Zeltrog le Zabrak. Nous tenons enfin une occasion de l’arrêter, il est hors de question de la rater !
Et si je pars, tout le secteur tombera entre les mains de ce fou. Il n’a fait aucun mystère du sort qu’il réserverait à Palanhi. Ce serait un abandon de partir ! »
Echuu prit la parole à son tour.
« J’ai mis longtemps à prendre cette décision, mais apprendre que Ssran a pris les Aqualish en otage a fini par me décider. Moi aussi, je reste ! La guerre m’a déjà prit mon premier Padawan, je ne vais pas lui abandonner ma deuxième ! »
Un homme de taille moyenne, richement vêtu, intervint :
« Et moi, je pense que c’est justement en restant sur cette planète que vous la condamnez ! Si vous partez, peut-être arriverons-nous à convaincre Ssran d’épargner Palanhi ! Et c’est aussi dans votre intérêt, Jedi ! La flotte de la République est incapable de faire face à celle de Ssran ! Tous ceux qui resterons mourrons et entraînerons Palanhi dans sa chute, alors partez Jedi ! Vous et votre Padawan resterez en vie ! »
Ce discours ne laissa pas sans réaction. Tout le monde voulut prendre la parole en même temps, que ce soit pour soutenir le Ministre (probablement Natiorg ou Nam Ezrak) ou s’y opposer. Il fallut dix longues minutes pour que le calme revienne. Volran accorda la parole à Kaerdra.
« Ezrack, vous êtes bien naïf si vous pensez que Ssran va nous épargner sous prétexte que nous aurons tourné le dos à la République ! Et ce n’est pas tout, car la République ne voudra probablement plus de nous si nous les trahissons ! Vous ne pensez pas que l’image de Palanhi a assez souffert comme cela ?
Un autre Ministre Palanhi, légèrement corpulent, contre-attaqua :
« Mais c’est justement la faute des Jedi et de leur République que nous nous trouvons dans cette situation ! Et de Volran Daar ! S’ils n’avaient pas poignardé la Confédération dans le dos…
Kaerdra l’interrompit.
-Peut-être, mais à présent que nous sommes dans cette situation, il va bien falloir nous en sortir. Et nous ne le pouvons sans l’aide de la République.
Un secrétaire d’état intervint.
-Ce débat me semble parfaitement inutile. C’est au Premier Ministre de décider si nous continuons à aider la République ou non. Nous, nous sommes ici pour écouter la décision des officiers de la République et éventuellement négocier si elle ne nous satisfait pas.
Volran approuva.
-En effet. Et en vertu de l’article douze des Lois Fondamentales de Palanhi, qui prévoit qu’en cas de guerre, le Chef de l’Etat décide seul de la marche à suivre, j’ordonne que nous continuions de soutenir la République. »
Il fallut un quart d’heure pour calmer les opposants de Volran. On se croirait au Sénat de la République, pensa Naat. Décidemment, les politiciens étaient partout les mêmes. Le premier Ministre reprit d’un air agacé :
« A présent, si nous en avons terminé avec ce hors-sujet (remercions au passage Nam Ezrak de l’avoir lancé), peut-être pourrions-nous écouter la décision des officiers de la flotte…
-Je reste ! dit férocement le Capitaine Irdrata. Nous ne céderons pas comme des lâches !
-Je reste, dit froidement le Capitaine Mevdim. Il serait complètement idiot de partir alors que nous sommes sur le point de l’emporter.
-Je reste, dit d’un ton hésitant une jeune commandante Humaine nommée Mève.
-Nous restons tous ! confirma l’Amiral Ackara, soutenu par tous les autres officiers. Cette planète est trop belle pour que nous l’abandonnions à l’ennemi !
-Alors nous sommes tous d’accord, approuva Naat. Nous mourrons jusqu’au dernier s’il le faut, mais nous n’abandonnerons pas Palanhi ! »
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